Ce film est une rencontre fertile entre cinéma et arts plastiques. La réalisatrice et plasticienne Catherine Gfeller a tourné sa caméra vers douze artistes et prolonge ainsi leurs œuvres par un regard cinématographique. Peinture, dessin, sculpture, photographie, art vidéo se voient réinterprétés caméra  et micro en main.

Ce sont douze artistes suisses contemporains issus des trois régions linguistiques, vivant en Suisse ou à l’étranger. Six femmes: Valérie Favre, Renée Lévi, Silvie Defraoui, Mariapia Borgnini, Fiorenza Bassetti, Cécile Wick. Six hommes: Adrian Schiess, Jules Spinatsch, Alain Huck, Gunter Frentzel, Jean-Luc Manz, Alexander Hahn. Ils sont filmés dans leur atelier ou dans leur exposition au musée et la parole leur est donnée. Ils deviennent les protagonistes de leur œuvre et ce sont leurs propres mots, leurs gestes, leurs regards qui nous emmènent au cœur battant de la création et nous éclairent sur le sens de leur quête.

La traversée des villes et des paysages scande le début de chaque portrait, ouvrant  des fenêtres sur New York, Berlin, Lausanne, Zürich, Soleure, Bâle, Coire, Bellinzona ou Lugano. Le montage rythmé et condensé en huit minutes pour chaque artiste fait s’alterner et se croiser des vues d’atelier, des plans rapprochés, des scènes de travail. Ces douze portraits sont autant d’avancées où l’art permet de construire un rapport singulier au monde. Ils ont une valeur universelle et parlent à chacun d'entre nous.

 

 

This film is the fruit of an encounter between cinema and the fine arts. Film maker and artist Catherine Gfeller aims her camera at twelve artists and expands their works through a cinematographic perspective. Painting, drawing, sculpture, photography and video are reinterpreted, camera and microphone in hand.

 

The film features twelve contemporary Swiss artists. They come from three different linguistic regions and live in Switzerland or abroad. There are six women: Valérie Favre, Renée Levi, Silvie Defraoui, Mariapia Borgnini, Fiorenza Bassetti, and Cécile Wick. And six men: Adrian Schiess, Jules Spinatsch, Alain Huck, Gunter Frentzel, Jean-Luc Manz, and Alexander Hahn. While being filmed in their studios or at exhibitions, they are given free rein to speak, so that they become the protagonists of their works. Their own words, gests and gazes lead us to the essence of their artistic creations and enlighten us on the meaning of their quest. A backdrop of cities and landscapes introduces each portrait, providing a window on New York, Berlin, Lausanne, Zürich, Solothurn, Basel, Chur, Bellinzona and Lugano. The montage, divided and condensed into eight-minute scenes for each artist, alternates shots of the studio with close-ups of paintings and scenes of the artists at work. These twelve portraits illustrate how art enables us to create a singular relationship with the world today. They are of universal value and speak to each one of us. 

SYNOPSIS

 

ENTRETIEN entre Yasmin Meichtry, Directrice de la Fondation suisse, Paris et  Catherine Gfeller

Vous menez une carrière d’artiste plasticienne depuis plus de 25 ans, pourquoi avez-vous voulu faire un film? 

Ce film s’inscrit pour moi dans une continuité, une suite logique de mon travail.

Etre artiste, être réalisatrice sont deux activités qui se rejoignent: la question du regard et de la composition prédominent.

Après mes expositions monographiques dans différents musées et galeries, j’ai souhaité tout naturellement tourner ma caméra en direction des autres artistes. Je voulais, caméra et micro en main, créer un dialogue avec les artistes de mon pays pour que l’on réfléchisse ensemble, de manière chorale, à cette identité d’artiste.

Que signifie être artiste aujourd’hui, quel lien l’art entretient-il avec nos origines, de quelle pulsion vient cette décision d’être artiste, quelles sont les joies mais aussi les doutes et les angoisses de ce métier - si c’en est un ?

Il ne s’agit pas de lever l’énigme mais de montrer cette crypte qui se cache derrière tout engagement artistique. J’ai voulu laisser un certain mystère pour garder une force d’évocation, une certaine poésie, poésie des œuvres, des visages, des gestes, des situations, des lieux. De plus, l’art contemporain est un des grands sujets de notre époque. Loin d’être un repli pour initiés, l’art actuel nous permet de parler de notre société, de notre humanité, de notre vie contemporaine. Il me semblait donc essentiel de faire un film sur ce sujet.

 

Comment avez-vous choisi les artistes?
C'est là que la collaboration avec la Fondation Binding a commencé et le dialogue s'est instauré avec Benno Schubiger, son directeur. En 2013, la Fondation fêtait ses 50 ans et aussi les 10 ans du programme "Sélection d’artistes" auquel j’ai participé avec mes expositions (KKL Lucerne, MBA Chaux-de-Fonds, CRAC Sète). Elle a ainsi soutenu 50 artistes parmi lesquels nous avons dû opérer un choix de concert avec Benno Schubiger. Nous avons opté pour des critères objectifs tels que :

- Variété des régions linguistiques d’où sont issus ou vivent les artistes : Suisse allemande, Tessin, Suisse romande, New York et Berlin.

- La plupart des tournages ont eu lieu dans les ateliers mais nous avons également voulu montrer des expositions en cours qui ont eu lieu pendant les huit mois de tournage, notamment dans les musées des beaux-arts de Lugano et de Coire.

- Equilibre (parfait) entre hommes et femmes. 6 hommes : Adrian Schiess, Jules Spintasch, Alain Huck, Gunter Frenztel, Jean-Luc Manz et Alexander Hahn et 6 femmes : Valérie Favre, Renée Lévi, Silvie Defraoui, Mariapia Borgnini, Fiorenza Bassetti et Cecile Wick.

- Diversité des mediums représentés : peinture, sculpture, dessins, photographie, vidéo ou encore installation.

 

Pouvez-vous nous dire deux mots sur le titre « Paroles d’artistes / Portraits d’artistes »?

Le titre du film « Paroles d’artistes / Portraits d’artistes » montre d’emblée son intention: donner la parole aux artistes au sens plein du terme. Ne pas se référer aux écrits des critiques d’art, mais aller au cœur de leur création en leur demandant de devenir les interprètes de leur œuvres. Heureusement les artistes ont joué le jeu et j’ai toujours été très bien été accueillie. Avec certains artistes, il y a eu quelque résistance avant le tournage car ils craignaient n'avoir rien à dire. Cela n’a jamais été le cas; leurs paroles, puisqu’elle proviennent du même endroit que leur art, ne peut qu’être passionnante, vivante, vibrante et sonnent toujours vrai. C’est «ce sonner juste» que j’ai recherché tout au long du film.

 

Comment qualifieriez-vous votre film?

Je dirais que c’est un objet artistique hybride - entre le documentaire et le film d’artiste. Ce n’est pas un documentaire classique avec des plans fixes soigneusement mis en scène et qui livreraient des informations précises sur un thème donné, l’art en l’occurrence.

En tant qu’artiste vidéaste, j’ai voulu garder une touche libre, spontanée, en mouvement.

Mélanger par exemple des images fixes et des images en mouvements, créer des superpositions ou des associations d’images.

Ma caméra a littéralement suivi, au sens propre et au sens figuré, les artistes dans leur parcours, leur réflexion à haute voix, leurs déambulations. La caméra est restée toujours au plus près du mouvement de l’échange. Voilà pourquoi dans certaines scènes Richard Dindo nous a filmés ensemble. Peut-être alors pourrait-on qualifier ce film de « film d’artiste sur des artistes ».

 

Comment avez-vous structuré le film pour faire tenir douze portraits en 90 minutes?

Le challenge était de faire tenir dans un film d’une heure et demi le portrait cinématographique de douze artistes, avec une durée de huit minutes pour chacun. Pour éviter l'écueil d'additioner simplement des séquences, nous avons privilégié un montage dynamique, rythmé où le style de chaque artiste ressort de manière variée. Même si de prime abord huit minutes peut sembler bref, cette durée permet de pénétrer finalement de manière sensible dans l’univers complexe de chaque artiste. Leur personnalité, leur oeuvre ont dicté la composition de chaque portrait; telle sculpture pouvait se monter ou se démonter sous nos yeux, telle vidéo remplissait l’entier de l’écran, telle peinture nous a fait voyager le long de sa conception, telle prise de vue photographique nous emmenait sur le terrain  du paysage, ou encore telle exposition nous faisait visiter les trois étages du musée….

J’ai marché dans les pas des artistes, je m’y suis frayée un chemin avec ma caméra pour expérimenter le monde à travers leurs sensations, leurs perceptions, leur vision du monde.

Les portraits débutent par un travelling sur les villes ou les paysages, nous préparant à une nouvelle rencontre. C’est une sorte d’introduction, une respiration un peu comme si on pouvait voir ce que voit l’artiste dans sa vie de tous les jours et se mettre à sa place tant pour la cinéaste que pour les spectateurs.

Il nous faut encore mentionner un personnage important du film : l’atelier de l’artiste. C'est un lieu sacré, secret, intime, à la fois très personnel et très professionnel. Il est aussi un lieu physique, matériel, on y sent beaucoup de vibrations et il offre des images très fortes, expressives, symboliques. L’atelier est le vrai lieu, «c’est là que ça se  passe», que la création bat son plein et représente "une boîte noire",  les coulisses de l’œuvre. On y voit des travaux achevés mais aussi des esquisses, des outils laissés au hasard de l’avancée du travail. J’ai beaucoup laissé ma caméra se promener sur les tables de travail, sur les murs, entre les étagères pour offrir des pauses, une cristallisation comme dirait Flaubert. Ces vues d’atelier forme en soi de vrais tableaux, des natures mortes, une vie silencieuse qui exprime une autre facette de l’artiste, comme une face cachée, moins voulue, peut-être plus inconsciente.

Ces scènes s’accordent d’ailleurs magnifiquement avec les voix off où les artistes peuvent parler différemment….des “Paroles d’artistes”.

 

 

INTERVIEW with Catherine Gfeller and Yasmin Meichtry, director of the Swiss Fondation, Paris

 

You’re an artist who has worked in the fine arts for more than 25 years. Why did you want to make a film?

For me, this film is part of a continuum; it’s the logical progression of my work.

Being an artist and being a director are two activities that are linked: it’s a question of perspective and of the predominant composition.

After my monographic exhibitions in various museums and galleries, I naturally wanted to aim my camera at other artists. With camera and microphone in hand, I sought to create a dialogue between the artists of my country in order to reflect together, collectively, on the identity of an artist.

 

What does it mean to be an artist today, how is art connected to our origins, what drives one to become an artist, what are the joys, as well as the doubts and anguishes of this occupation – if it is one?

It’s not a question of removing the mystery of artistic activity, but to show the crypt hiding behind it. I wanted to leave a certain mystery and keep a certain evocative force, a certain poetry, the poetry of artwork, faces, gests, situations, and places. Moreover, contemporary art is one of the major subjects of our epoch. Far from being inaccessible and exclusive, art today allows us to talk about our society, our humanity, our modern lives. It thus seemed essential to me to make a film on this subject.

 

 

How did you choose the artists?

It was then that the collaboration with the Binding Foundation started and the dialogue began with Benno Schubiger, its director. In 2013, the Foundation celebrated its 50-year anniversary and also the ten-year anniversary of the “Sélection d’artistes” program in which I participated with my exhibitions (KKL Lucerne, MBA Chaux-de-Fonds, CRAC Sète). The program supported 50 artists, among whom we had to make a unified decision with Benno Schubiger. We opted for the following objective criteria:

- Variety of linguistic regions where the artists were born or live: German-speaking Switzerland, Italian-speaking Switzerland (Ticino), French-speaking Switzerland, New York and Berlin.

- Most of the shooting took place in the studios, but we also wanted to show exhibitions underway that took place during the eight months of shooting, such as in the fine arts museums of Lugano and Chur.

- Perfect balance between men and women. Six men: Adrian Schiess, Jules Spintasch, Alain Huck, Gunter Frenztel, Jean-Luc Manz and Alexander Hahn. And six women: Valérie Favre, Renée Lévi, Silvie Defraoui, Mariapia Borgnini, Fiorenza Bassetti and Cecile Wick.

- Diversity of the mediums represented: painting, sculpture, drawing, photography, video or installation works.

 

Could you tell us a little about the title, “Words of Artists / Portraits of Artists?”

The title of the film “Words of Artists / Portraits of Artists?” states its intention right away: to let the artists speak to the fullest extent possible. To not refer to the reviews of art critics, but to go to the heart of the artists’ creations by asking them to become the interpreters of their works. Thankfully the artists agreed and I was always well received. With some of them, there was a bit of resistance before the filming because they were afraid of not having anything to say. That never happened – as their words were coming from the same place as their art, they couldn’t be anything other than passionate, lively, vibrant and true. It’s this authenticity that I sought out the entire time of filming.

 

How would you describe your film?

I would say that it’s a hybrid artistic object – between documentary and the film of an artist. It’s not a classic documentary with carefully orchestrated static shots, nor one that delivers precise information on a given theme, in this case art.

As a video artist, I wanted to keep a free, spontaneous touch, with continuous movement.

For example, mixing still images and moving images, or creating superimpositions and associations of images.

My camera followed, in both a literal and a figurative sense, the artists as they went about, their reflections voiced out loud, their wanderings. The camera always stayed as close as possible to the movement of the exchange. That’s why in certain scenes Richard Dindo filmed us together. So maybe we could describe the film as a “an artist’s film about artists.”

 

How did you structure the film to include twelve portraits in 90 minutes?

The challenge was to include the cinematographic portrait of twelve artists in a film of an hour and a half, with eight minutes for each artist. To avoid the pitfall of simply piling up the sequences, we opted for a dynamic, rhythmic montage, where the style of each artist comes out in a varied ways. Even if at first eight minutes seems short, this duration allowed us to really penetrate the complex universe of each artist. Their personality and their work dictated each portrait’s composition—a sculpture might be built or deconstructed before our eyes, a video fill the entire screen, a painting be conceived from start to finish, a photographic shot carry us over the expanse of a landscape, or an exhibition allow us to visit three floors of a museum…

I walked in the footsteps of the artists; I made my way with my camera to experience the world through their sensations, perceptions and visions of the world.

The portraits open with a travelling shot of the cities or landscapes, preparing us for a new encounter. It’s a sort of introduction, a breathing space, a little as if we could see what the artist sees in his everyday life and put ourselves in his place, as much as for the filmmaker as for the viewers.

We also need to mention an important character in the film: the artist’s studio. It’s a sacred place, secret, intimate, very personal and at the same time very professional. It’s also a physical, material place that gives off a lot of vibrations, and it yields very strong, expressive and symbolic images. The studio is the real place, “where it all happens,” where creation is in full force. It represents a “black box,” the backstage of the works of art. We see finished works, but also sketches and tools left randomly around works in progress. I let my camera wander among the work tables, over the walls and between the shelves to offer pauses, a crystallization, as Flaubert would say. These views of the studio become real scenes in themselves. They are still life portraits, a silent life that shows another side of the artist, like a hidden side, less intended, perhaps more unconscious. These scenes are beautiful accompaniments to the voice offs, where the artists can speak differently . . . the “Words of artists.”

 

  • Facebook Round
  • Vimeo Round
  • YouTube Round
  • Twitter Round

© 2014 by Catherine Gfeller